| henry | non distribuÉ · not distributed |
| Spécimen · sample |

George Orwell, ‘Politics and the English Language’, Horizon, 1946.
contexte Le « revival », la réadaptation de caractères anciens à une technique plus contemporaine, représente une part non négligeable de la création typographique de ces dernières années. Les nouvelles techniques comme la photocomposition (années 1950-1960) puis la typographie numérique (depuis les années 1980) ont en effet permis à des « classiques » d’être revisités régulièrement. Toutefois, cet engouement pour la re-création de caractères anciens trouve ses sources avec le développement de l’industrie de la fonderie typographique au XIXe siècle. Des noms prestigieux comme « Garamond » ou « Plantin » ont alors servi à de multiples reprises comme appâts commerciaux pour des caractères parfois très éloignés des modèles originaux[1]. Avec la typographie numérique, le phénomène a encore enflé, et l’on peut trouver aujourd’hui plusieurs dizaines de Garamonds, ou du moins de caractères qui se réclament en être des adaptations. garamond peignot En 1914, Georges Peignot, directeur de la fonderie du même nom, entreprend avec son graveur Henry / Henri Parmentier la création d’un Garamond Peignot, censé prendre en compte la réalité de la papeterie moderne (papiers à base de bois) différente de celle des imprimeurs du XVIe siècle (qui utilisaient un papier chiffon). Le caractère ne sera commercialisé qu’en 1926[2]. Le caractère Henry est donc un réinterprétation des travaux de Peignot et Parmentier. Il se base sur les corps moyen (10 à 12[3]). dessin C’est une garalde plutôt maigre, à chasse moyenne, dans laquelle on peut sentir une certaine influence Art Nouveau. Une très petite hauteur d’œil[4] en fait un caractère à ne pas utiliser en trop petits corps. Certaines formes étonnantes du modèle original ont été conservées, comme le z qui semble pencher vers la gauche, les a et J sinueux, la boucle inférieure du t très arrondie, le Œ dont les parties se superposent sans s’annuler. Henry dispose d’un alphabet complet de petites capitales, des accents nécessaires au langues d’Europe de l’Est[5], de signes supérieurs et inférieurs[6], de fractions[7] et d’une grande quantité de ligatures fonctionnelles[8]. Il possède également quelques ligatures ornementales[9]. détails Comme la lettre Q est, en français, systématiquement suivie d’un u (ou d’une espace), Peignot et Parmentier avaient prévus des ligatures QU et Qu qui permettaient de donner à cette lettre une boucle large (en plomb, les crénages[10] étaient très fragiles). Cette même particuliarité se retrouve dans le Henry. Du point de vue des chiffres, il ne possède comme son modèle original que des chiffres elzéviriens[11], ce qui le destine à la composition de textes courants. Comme il arrive au typographe d’aujourd’hui d’être plus souvent confronté à la composition de tableaux, une série de chiffres demi-cadratinés[12] a été rajoutée. italique L’italique du Henry est très « virevoltant » : L’italique ne dispose pas de petites capitales. Par contre, étant cursif, il reprend un élément récurrent de la cursivité[13] et possède ainsi un grand nombre de ligatures ornementales supplémentaires, comme ll, as, es, is, us, tt, etc. De plus, pour éviter des « collisions » entre caractères, certaines lettres ont des variantes alternatives. Le passage d’une variante à l’autre est intégré à la fonte et se fait automatiquement, sans que l’utilisateur n’ait à s’en soucier. Henry est un caractère délicat, au dessin précis (et un peu suranné). Il est plutôt destiné à des imprimés de qualité. 1. À titre d’exemple, des caractères aussi différents que le Golden Type de William Morris et l’Auriol de Georges Auriol se réclament tous deux de la même origine. Retour 2. Suite à une fusion, la fonderie s’appelle alors Deberny & Peignot et est la principale fonderie de caractères typographiques en France. Retour3. Le Garamond Peignot a été gravé à partir de trois dessins, redimensionnés à l’aide d’un pantographe. Les plus petits corps sont moins contrastés, avec relativement peu de différences entre capitales et bas de casse. Ses lettres sont plus ouvertes et espacées. Les grands corps — que l’on peut voir imprimés, par exemple, sur les couvertures colorées de la « Petite Collection Maspero » (années 1970) — ont des particularités inverses : lettres étroites, fines, resserrées, contrastées. Le dessin des corps moyens tempère ces deux extrèmes. Retour 4. La différence entre capitales et bas de casse est très prononcée. Comme le corps d’un caractère est calculé à partir des capitales, un texte en Henry 12 points aura l’air d’être plus petit que le même en Times. Retour 5. Henry permet de composer les langues suivantes : albanais, allemand, biélorusse (alphabet Lacinka), bosnien, breton, basque, catalan, danois, écossais, espagnol, esperanto, estonien, féroïen, finois, flamand, français, frison, galicien, gallois, hongrois, irlandais, islandais, italien, kachoube, lapon, letton, lituanien, maltais, occitan, néerlandais, norvégien, polonais, portugais, romanche, roumain, croate, slovaque, slovène, sorabe, suédois, tchèque, turc et wallon. Retour 6. Supérieures : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ( ) a b d e i l m n o r s t ; inférieures : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ( ).Retour 7. 1/2 1/3 2/3 1/4 3/4 1/5 2/5 3/5 4/5 1/6 5/6 1/8 3/8 5/8 7/8. Retour 8. Au delà du fi et du fl, Henry propose des ligatures comme ff, ffi ffl ou, moins courant, fî, fb, fh, etc. Retour 9. À l’inverse des ligatures fonctionnelles — comme le fi qui empêche la collision entre la boucle du f et le point du i — les ligatures ornementales n’ont d’autre buts qu’esthétiques. Dans le cas du Henry, il s’agit, entre autres, des ct, st et sp. Retour 10. Un crénage désigne en typographie au plomb une partie de lettre en porte-à-faux sur le type suivant. Retour 11. Chiffres qui dépassent au-dessus et en-dessous de la hauteur d’x. Ils ont en outre la particularité d’avoir une chasse (largeur) variable. On ne peut donc pas les utiliser pour la composition de tableaux où les chiffres doivent être alignés. Retour 12. Ces chiffres ont le même dessin que les précédents, mais l’espace qu’ils occupent est fixe et correspond à un demi-cadratin, soit la moitié de la force du corps de la lettre. Retour 13. Lorsque l’on écrit à main levée, on a tendance à lier les lettres entre elles. Retour |
context In the contemporary field of type design, ‘revival’ does not take the smallest position. New techniques, as phototypesetting (in the 50s and 60s) and digital typography (since the 80s), have offered the possibility to re-create the ‘classics’ of type design history. Nevertheless, this interest for reviving old types is not a new thing. It started in the early nineteenth century, with the beginning of the industrial age of type foundry. In those times, prestigious names as ‘Garamond’ or ‘Plantin’ have been used as marketing baits for typefaces which were sometimes very far from their historical models[1]. With digital typography, this phenomenon continues to grow. Today, dozens of Garamonds can be find on the net. (Or, at least, dozen of types which claim to be inspired by Garamond.) garamond peignot In 1914, the director of the french foundry Peignot, Georges Peignot, started to work with his punchcutter Henry / Henri Parmentier on a new type, called Garamond Peignot. When the famous Claude Garamond designed his types in the early sixteenth century, they were produced to be printed on rag paper. The modern papers were made of wood. This particular technical account was the starting point for the design of a new type, the Garamond Peignot, which was distributed only in 192[2]. The Henry typeface is a reinterpretation of the works of Peignot and Parmentier, based on the body sizes 10 and 12 of the original letters[3]. design Henry is a light garald, with normal width. Compared to other ‘Garamonds’, it has a bit of Art Nouveau spirit. A very small x-height[4] made this typeface not suitable for small sizes. The original model had surprising shapes. The z lean to the left; the a and J are mors sinuous than usually; the lower loop of the t is rounded instead or flat; the two parts of the Œ digraph are superimposed; etc. All these designs have been conserved. Henry has a complete small caps alphabet, diacritics for all european languages[5], superiors and inferiors[6], fractions[7], and plenty of practical ligatures[8]. It also have a few ornamental ligatures[9]. details In French, letter Q is always followed by letter u (or by a space). As other typefounders of their time, Peignot and Parmentier designed ligatures for QU and Qu. It gave the possibility to make a elegant Q which goes far beyond the following letter. (Kerning makes lead types fragile[10].) Henry offers the same features. The original model was made to set running text. Thus, it has only old style figures[11]. For the contemporary user, Henry also offers tabular figures[12]. However, those figures have the same design as the first ones: only their metrics change. italic Henry has a ‘twirling’ italic. Its changing rythm comes from its variable angle, as well in upper case as in lower case. This italic does not have any small caps. Nevertheless, it take in cursiveness its large number of ligatures[13], as ll, as, es, is, us, tt, etc. To avoid collisions, some letters have alternative forms. They are automatically activated, without the intervention of the user. Henry is a sensitive typeface, with refined shapes. So, it is intended to set high quality prints. 1. For example, William Morris’ Golden Type and Georges Auriol’s Auriol are coming from the same source. Back 2. The type foundry was then called Deberny & Peignot and was the biggest french foundry. Back 3. The Garamond Peignot have been cut from three designs, resized with a pantograph. The smallest sizes have less contrast, a fewer difference between upper and lower case. Its counterpunches are more open and spaced. The bigger sizes have the opposite characteristics: narrow letters, with a bigger difference between upper and lower, between thick and thin strokes. The middle sizes temper these two extremes. Back 4. The difference between upper and lower case is quite important. The size of types is calculated from the capitals. Thus, a text set in Henry 12 points will look smaller thant the sam in Times, for example. Back 5.You can set texts in Albanian, Basque, Belarusian (Lacinka alphabet), Bosnian, Breton, Catalan, Czech, Danish, Dutch, Esperanto, Estonian, Faroese, Finnish, Flemish, French, Frisian, Galician, German, Hungarian, Icelandic, Irish, Italian, Kashubian, Latvian, Lithuanian, Maltese, Norwegian, Occitan, Polish, Portuguese, Romanian, Romansh, Sami, Scottish, Serbo-Croatian, Slovak, Slovene, Sorbian, Spanish, Swedish, Turkish, Walloon, and Welsh. Back 6. Superiors : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ( ) a b d e i l m n o r s t ; inferiors : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 ( ). Back 7. 1/2 1/3 2/3 1/4 3/4 1/5 2/5 3/5 4/5 1/6 5/6 1/8 3/8 5/8 7/8. Back 8. Beyond the standards fi and fl, Henry offers ligatures as ff, ffi ffl or, less common, fî, fb, fh, etc. Back 9. Practical ligatures are made to avoid collision between letters — as the loop of an f and the dot of the i. Ornamental ligatures are just made for esthetical considerations. Back 10. Kerning is, in lead typography, a part of letter design as a cantilever on the following type. Back 11. Old style figures are also called ‘lower case’ or ‘ranging figures’. They do not create the visual ‘break’ upper case figures sometimes make. They fit the line of text and so they’re generally used for long text composition. They cannot be used to set text in rows. Back 12. These figures have the same design than the previous ones, but their width are unique. Back 13. In hand writing, the speed almost automatically give rise to ligatures. Back |
1. Pangrammes · Pangrams

2. Variété de « Garamonds » · Varieties
of ‘Garamonds’
— Henry
— Garamond premier (Robert Slimbach, Adobe, 1988)
— Adobe Garamond (Robert Slimbach, Adobe, 2000)
— Stempel Garamond (Stempel, 1924 / Linotype, 2007)
— Monotype Garamond (Jean Jannon, 1615 / Monotype, 2005)

3. Planche original du spécimen Deberny & Peignot · Original specimen by Deberny & Peignot typefoundry

4. Différence d’œil entre le Henry et le Times · X height of Henry and Times

5. Dessin particulier de certaines lettres · Particular shapes of letters

6. Capitale, petites capitales, bas de casse · Upper case, small capitals and lower case

7. Accents et lettres particulières · Diacritics and special letters

8. Lettres supérieures et inférieurs · Superiors and inferiors

9. Fractions

10. ligatures fonctionnelles · practical ligatures

11. ligatures fonctionnelles · practical ligatures

12. Chiffres demi-cadratinés et elzéviriens · Tabular and old style figures

13. Ligatures et variantes alternatives en italique · Ligatures and alternative letters in italic
